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L’intérêt de la Chine reste fort pour les entreprises

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La Chine apparaît plus que jamais comme la locomotive de la croissance économique mondiale tout en secouant les cours du dollar comme ceux des matières premières et du pétrole.

Aujourd'hui, toutes les sociétés ont pris en compte la concurrence de cette nouvelle puissance économique et certains ont d'ores et déjà choisi d'en profiter. Les annonces d'implantations ou de rachats de sociétés chinoises commencent ainsi à se multiplier en provenance des entreprises cotées. Toutefois, les risques sont loin d'être absents pour qui veut tester « l'eldorado chinois » : problèmes énergétiques, piratage ou encore qualité de production sont autant d'éléments à bien appréhender avant de se lancer dans l'aventure. Gérard Galopin, directeur international de Carbone Lorraine, Antoine Gendry, le président de Nord Est et Thierry Lièvre, le président de U10 sont revenus sur leur propre expérience dans cette région qui fascine et fait parfois peur.

Carbone Lorraine prévoit de doubler la part de ses ventes en Asie (11% en 2004) d'ici 2008. Pour y parvenir, le groupe spécialisé dans les applications industrielles du carbone et du graphite va investir 25 millions d'euros supplémentaires - en plus des 20 millions d'euros normatifs en période de croissance- afin de constituer un outil industriel dont l'élément moteur sera l'usine de Chongqing spécialisée dans l'isostatique. Cette unité, qui va monter en puissance durant les quatre prochaines années, devrait connaître à cet horizon un ROCE de 20%. Cette implantation permettra non seulement de renforcer la place du groupe de deuxième fabricant mondial dans les blocs de graphite derrière le japonais Toyo Tanso mais également « de disposer des armes pour attaquer le marché de l'électronique au Japon avec des coûts de production abaissés», explique Gérard Galopin dont l'entreprise est installée avec 7 établissements sur le continent asiatique depuis le lendemain de la seconde guerre mondiale. Déjà présent en Chine à travers deux sociétés, Nord Est s'est pour sa part porté acquéreur à la fin de l'année 2004 de 60% du capital de la société chinoise Axilone Shunhua, pour 6 millions de dollars. Spécialisée dans la fabrication de tubes de rouge à lèvres, elle devrait apporter 4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2005. « Nous avions envisagé le rachat d'un site au Mexique » rappelle Antoine Gendry qui a finalement préféré la Chine « où les coûts de production et le risque dollar sont inférieurs ». Surtout, « le marché de la cosmétique et du parfum y est très important avec des potentiels de progression de 30% à 50% », souligne le président du groupe industriel. Sous-traitant déjà la fabrication de ses produits principalement dans le bassin méditerranéen et en Asie, U10 a annoncé début mars la création d'une filiale commune baptisée Skymart International, avec le groupe asiatique Smerwick. L'entité de droit Hongkongais, détenue à 51% par le Groupe U10, a pour objet de développer et commercialiser des « gammes complètes personnalisées qui seront proposées, en grand import, par container, aux centrales de distribution internationales et aux importateurs », explique Thierry Lièvre.

Ce que risquent les entreprises françaises en Chine.

Il semble que la première différence qui saute aux yeux de tout nouvel intervenant sur ce marché soit « l'échelle du temps qui n'est pas la même que la nôtre », observe Gérard Galopin, présent dans la région de 1989 à 1996, qui prévient que « vous pourrez rencontrer de lourds problèmes si vous tentez d'imposer aux Chinois votre timing et votre manière de faire ». Antoine Gendry souligne pour sa part « la coopération des autorités locales qui font preuve d'une volonté d'aider les entreprises étrangères que je n'ai jamais rencontrée ». Ces implantations faites, ces trois dirigeants se félicitent du « niveau de compétence de la main d'œuvre qui est aussi très appliquée et dont la capacité d'apprendre est très rapide », prévient Antoine Gendry pour qui « le réservoir de main d'œuvre de base paraît gigantesque ». Et Thierry Lièvre d'observer que « le niveau de vigilance y est différent qu'en Europe mais les formats bien définis sont plutôt bien respectés ». Il reste que « les personnes formés avec l'équivalent bac +2 ou +3 se raréfient, ils n'ont que l'embarras du choix pour trouver du travail », constate Gérard Galopin. Quant à la réglementation, elle ne semble pas un obstacle mais c'est plutôt le « non-respect de certaines règles de la part des entrepreneurs locaux qui peut avoir un coût ». Le souci principal semble bel et bien le risque de se faire copier pour chacun des intervenants. La meilleure réponse à ce danger reste de « se protéger avec des cadres qui soient intéressés au succès de l'entreprise » pour Antoine Gendry. De son côté, le dirigeant du groupe spécialisé dans la fourniture de rayons d'articles d'équipement de la maison prend la précaution « de produire les éléments séparément dans des entreprises différentes pour que les intervenants ne puissent pas les copier ». Et Gérard Galopin de confirmer qu'il « faut s'arranger pour qu'aucun sous-traitant chinois n'ait un plan d'ensemble ». Selon le directeur international de Carbone Lorraine, il ne faut pas non plus sous-estimer le risque énergétique « qui sera le premier limitateur de l'expansion en Chine, pays qui manque parfois cruellement d'électricité ». Carbone Lorraine a ainsi négocié bien en amont avec les autorités compétentes un contrat de non coupure d'électricité pour son usine. En ce qui concerne la corruption si souvent évoquée, le bakchich étant naturel entre chinois, celle-ci serait limitée pour Thierry Lièvre qui explique que « les sociétés étrangères ne sont pas rackettées en Chine».

Globalisation plutôt que délocalisation.

Il reste que l'attraction pour l'Empire du Milieu reste forte pour ces sociétés. « Malgré les 800 usines en Asie qui fabriquent des produits pour U10, nous restons en permanence à la recherche de production et d'usines à auditer dans cette région et plus particulièrement en Chine », révèle Thierry Lièvre qui s'intéresse d'ailleurs actuellement à la Chine du Nord et plus particulièrement à la région à la frontière de la Mongolie. Et ce dernier de préciser que son métier de donneur d'ordre lui « permet de surfer sur la vague de la sous-traitance qui n'a pas enlevé du travail sur le continent européen ». Carbone Lorraine ne trouve pas d'intérêt à « simplement délocaliser en Chine pour profiter d'une main d'œuvre à bas coûts : ce n'est pas la peine d'aller aussi loin ». Ce dirigeant préfère le terme de « globalisation à celui de délocalisation car il faut utiliser au mieux ce qu'il y a quelque part dans le monde pour servir la globalité ». Quoi qu'il en soit, l'intérêt de la Chine n'est pas prêt d'être démenti, « tenter de conquérir le monde avec des coûts européens étant devenu très difficile », résume Antoine Gendry.

 

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