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La cotation ne se limite pas aux levées de capitaux pour les valeurs moyennes

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Nombre de patrons de PME entrent en Bourse pour des raisons purement patrimoniales. Certains sont là pour mener à bien une stratégie et la faire partager avec leurs actionnaires. D'autres valeurs moyennes font appel au marché en fonction des opportunités pour financer leur croissance interne ou externe. Mais comment font les dirigeants pour exploiter au mieux les possibilités que leur offre l'accès aux capitaux ? Quelles contraintes cela suppose-t-il ? La Bourse a-t-elle, avec le recul, répondu à leurs attentes ? Pour en débattre, Bruno Benoliel, directeur financier du groupe de R&D externalisée Alten, Régis Damour, directeur général délégué du groupe d'ingénierie des infrastructures Ginger et Pierre-Yves Crespel, directeur administratif et financier du groupe d'ingénierie industrielle et de conseil en technologies AssystemBrime.

AssystemBrime est un cas d'école. Sans la présence en Bourse de chacune des composantes dont il est issu, ce groupe d'ingénierie de 6.000 salariés et 460 millions d'euros de chiffre d'affaires n'aurait jamais vu le jour. Il résulte en effet de l'OPE initiée à l'automne 2003 avec succès entre le groupe de conseil en technologies Brime Technologies (coté sur le Nouveau Marché) et le groupe d'ingénierie Assystem (Second Marché). Pierre-Yves Crespel, ancien directeur financier de Brime, qui occupe la même fonction au sein du nouvel ensemble, apparaît donc comme un habitué de l'appel au marché depuis l'entrée sur le Nouveau Marché de Brime en octobre 1999. « Nous avons profité de plusieurs fenêtres d'opportunité ce qui nous a conduit à mener une opération quasiment chaque année », indique-t-il. Brime a par exemple été la première entreprise cotée à lever des fonds par le biais d'obligations à bons de souscription d'actions remboursables (OBSAR) en février 2002. Le dirigeant réfute toutefois le caractère dogmatique de l'appel public à l'épargne, les opérations menées par le groupe n'étant que le produit « d'une rencontre entre un projet d'entreprise et l'intérêt des marchés financiers ».

Après avoir levé 15 millions d'euros lors de l'introduction, Ginger n'a plus fait appel au marché (hormis une attribution gratuite de bons de souscription en juin 2004), son président Jean-Luc Schnoebelen ayant fait le choix de financer la croissance du groupe par endettement pour ne pas se faire diluer. « Nous n'avons pas perdu espoir de faire appel au marché à moyen terme pour réaliser nos projets », nuance son directeur général délégué Régis Damour.

A l'opposé, Alten n'a jamais sollicité les investisseurs pour aucune opération que ce soit, ses cash-flow étant suffisants pour subvenir à ses besoins de financement, y compris en matière d'acquisitions. La volonté de Simon Azoulay, PDG du groupe de R&D externalisée, lors de l'introduction sur le Second Marché effectuée en février 1999, était tout autre. « La Bourse ne répondait pas à une question de financement, l'objectif était de l'utiliser pour la notoriété de l'entreprises vis-à-vis de nos clients, de nos ingénieurs et de notre marché en général », comme le rappelle Bruno Benoliel directeur financier d'Alten. Avec plus de 5 années de recul, celui-ci ne cache pas sa satisfaction. « Nous avons gagné en légitimité à l'égard de nos donneurs d'ordres dans le cadre des négociations de grilles tarifaires, ce qui facilité la mise en place de partenariats à long terme avec eux », se réjouit-il. En contrepartie, le management se doit de faire preuve de transparence sur les comptes de l'entreprise qui sont par nature publics. Côté salariés (qui détiennent 2,5% du capital d'Alten), Bruno Benoliel reconnaît la vertu « mobilisatrice » de la Bourse, les ingénieurs étant sensibilisés à la performance du groupe. Un sentiment partagé par Pierre-Yves Crespel.

Pour Régis Damour, la cotation et la communication financière suscitent un peu moins d'intérêt chez les salariés du groupe d'ingénierie des infrastructures. Une situation qui s'explique d'abord par le calendrier de l'introduction sur le Second Marché, intervenue quelques semaines après les événements du 11 septembre 2001 (en novembre, ndlr). Autre explication avancée par le management, Ginger a semble-t-il souffert de la comparaison avec Gaudriot, concurrent coté sur le Nouveau Marché, dont les marges étaient supérieures, mais qui a déposé son bilan en juillet dernier. « Ces événements ont provoqué une nervosité et des interrogations sur notre métier chez les analystes, les gérants et les banques qui attendaient que l'abcès soit percé ».

Si les trois dirigeants s'accordent sur le fait que la Bourse est une « formidable caisse de résonance » en matière de communication et de réputation, notamment à l'international, celle-ci peut se retourner contre les entreprises au moindre faux pas ou lors de la parution d'informations hostiles ou erronées dans la presse. Ginger en a fait l'amère expérience lors de l'effondrement du Terminal 2E qui s'est produit en mai dernier à Roissy. « Un article publié dans un quotidien nous a présenté comme maître d'œuvre alors que nous ne sommes intervenus sur ce chantier que pour une mission d'études techniques des fluides. Le cours de Bourse a chuté de 4% dans la journée », se rappelle Régis Damour. Dans la foulée, Ginger s'est employé à publier rapidement un démenti et rassurer des actionnaires parfois déboussolés.

Cotation ne rime pas pour autant avec communication à outrance. « Nous ne communiquons que lorsque nous avons quelque chose à dire. Nous organisons de manière visible quatre réunions par an avec les investisseurs », explique Bruno Benoliel qui a décidé de se passer de son prestataire en reprenant en interne la communication financière, arguant que « l'entreprise se connaît nécessairement mieux qu'un tiers ». AssystemBrime et Ginger ont pour leur part fait le choix de travailler avec des sociétés spécialisées. Au-delà de l'édition d'outils (communiqués, rapports annuels), les rencontres avec les actionnaires potentiels ou avérés relèvent du « travail de fond », estiment unanimement les trois intervenants. « C'est un investissement dans la durée » qui accapare 20 à 30% du temps pour Bruno Benoliel et Simon Azoulay chez Alten, un tiers à la moitié du temps pour trois membres du directoire d'AssystemBrime. Un investissement qui ne leur apparaît pas vain. « Nous essayons d'utiliser à notre avantage les contraintes occasionnées par la cotation, indique Bruno Benoliel. Dans notre cas, la Bourse nous a aidé à mieux définir notre stratégie de développement, nous a astreint à nous fixer une direction et la tenir ». Pour Régis Damour, les marchés financiers ont appris aux managers de Ginger à rendre des comptes, induisant une réflexion en profondeur sur leur façon de travailler. Preuve que, faute d'apporter systématiquement de l'argent frais, la Bourse présente au moins l'avantage d'affiner au quotidien la conduite d'un groupe.

 

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