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Les analystes comprennent-ils bien les midcaps ?

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Les analystes comprennent-ils bien les valeurs moyennes ? Vaste problème auquel Jean-François Biry, PDG de Cider Santé, Alain Tonnard, co-président d'Audika et Patrick Bensabat, le PDG de Business & Décision ont tenté d'apporter une réponse en partant de leur expérience personnelle et de leur vécu.

Problème économique.

Premier constat, si ces sociétés ont connu des parcours boursiers très différents, toutes sont d'accord pour considérer que dans leur ensemble, les analystes financiers font le maximum et sont trop souvent victimes des contraintes de liquidité et de rentabilité imposées par le modèle économique des brokers qui pour rentabiliser la recherche ont besoin de générer du courtage sur les sociétés suivies. « Un autre phénomène s'est greffé : les restructurations réalisées dans les sociétés de Bourse ont touché lourdement les départements de recherche dédiés aux valeurs moyennes causant le départ d'analystes qui nous suivaient et qui dans bien des cas n'ont pas été remplacés », souligne Patrick Bensabat, le PDG de Business & Décision, société de conseil et d'ingénierie informatique spécialisée dans le CRM et la Business Intelligence. Cette déperdition d'expérience et de connaissance des dossiers explique que des valeurs qui pouvaient être historiquement suivies par des intermédiaires même après l'explosion de la bulle Internet ne le sont plus aujourd'hui. Petit bémol apporté par Audika dont le dirigeant a pu bénéficier du transfert d'un des analystes qui assurait le suivi de sa société chez un broker et qui a apporté sa connaissance du dossier chez un autre.

Pour le PDG de Cider Santé qui cumule le double handicap d'avoir un modèle économique particulier (visite médicale et forme de capital développement) et d'afficher une capitalisation boursière qui la fait entrer dans la catégorie des « micro-caps », il est clair que le rapport de force n'est pas en faveur des émetteurs. « En 1998, nous étions capitalisés 100 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros, aujourd'hui nous sommes capitalisés 11 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros. La compréhension des analystes vis à vis de notre société n'est pas très bonne mais il n'y a pas de reproche à faire car notre modèle économique demeure très atypique et la visite médicale bénéficie d'une réputation particulière au sein de la communauté financière », rappelle-t-il. A l'inverse, Audika a connu un parcours boursier fulgurant : introduit autour de 7 euros en 1998, le titre du premier réseau français de distribution de prothèse auditive vaut aujourd'hui plus de 40 euros. « Nous avons bénéficié dès notre introduction d'un très bon suivi alors que notre modèle de développement plaît bien. Notre secteur d'activité présente une bonne visibilité et la taille de la valeur continue de progresser. Tous ces éléments mis bout à bout expliquent le fait que nous soyons suivis actuellement par 7 analystes de manière récurrente et qui ont parfaitement assimilé nos points forts », souligne Alain Tonnard. Au risque de se répéter. « Cela fait plus de cinq ans que nous répétons quasiment les mêmes choses à chaque réunion SFAF mais il s'agit d'un élément de pédagogie qui rassure les investisseurs sur la constance de notre stratégie », confie le PDG d'Audika.

Susciter l'intérêt en devenant une référence.

Ce constat étant fait, l'heure n'est pas à la résignation loin s'en faut comme l'indique Jean-François Biry : « Nous ne sommes pas satisfaits de la situation mais nous mettons un point d'honneur à bien faire les choses. C'est pour cette raison que nous continuons à avoir une communication financière pro-active vis à vis d'une population de gérants clairement identifiés et des investisseurs particuliers ». Des particuliers qui peuvent servir le cas échéant d'amortisseur lorsqu'un fonds notamment anglo-saxon souhaite liquider sa participation. Pour ce dirigeant, la Bourse reste « un label de référence » pour ses clients (les grands groupes pharmaceutiques) même « si son coût peut paraître par moment élevé ». Le suivi des analystes et leur intérêt pour une société cotée doit avant tout être une conséquence et non une cause. « Nous sommes assimilés au secteur des SSII avec des comparables comme Cap Gemini Ernst & Young ou Unilog : il est totalement logique que les analystes concentrent leur suivi et réservent leur temps aux valeurs les plus importantes », précise Patrick Bensabat tout en ajoutant « l'un des éléments qui peut permettre de reconquérir l'intérêt des investisseurs est lorsque l'on devient une référence dans une niche d'activité ». Pour certains analystes, les valeurs moyennes constituent indéniablement des indicateurs avancés de la santé des grands groupes. « Je rencontre le même type d'intérêt de la part d'analystes qui m'appellent pour profiter d'une veille sectorielle : mes clients sont les grands intervenants du secteur », confirme le PDG de Cider Santé.

Pour l'ensemble des intervenants, quelle que soit leur situation boursière et le degré de connaissance dont bénéficie leur société de la part des analystes, en ces périodes de vache maigre, il est nécessaire de se concentrer sur les fondamentaux de sa société. Pour Business & Decision, il s'agit de publier de manière régulière « de bons chiffres qui nous permettront de sortir de la masse ». « Pour que les analystes s'intéressent à votre société, il faut que l'histoire soit intéressante certes mais surtout que les résultats publiés soient à la hauteur des attentes », renchérit Alain Tonnard qui constate que les bonnes performances enregistrées par sa société en 2003 sont passées presque « inaperçues » auprès de la communauté financière qui s'habitue finalement à tout. Pour Cider Santé, les perspectives à court terme apparaissent moins favorables mais son dirigeant s'en accommode : « Les bouleversements que connaît actuellement l'industrie pharmaceutique sont importants et nous touchent directement : le développement des génériques, les opérations de fusion. Il n'empêche que la tendance lourde à l'externalisation des grands groupes pharmaceutiques va se poursuivre dans les années à venir ce qui nous laisse très optimiste pour l'avenir ».

En attendant, tous les dirigeants appellent de leurs vœux l'émergence de nouveaux modèles pour financer la recherche sur les valeurs moyennes en sortant du cercle vicieux : analyse financée par le courtage généré sur des valeurs qui sont structurellement peu liquides. Le problème qui touche la recherche des valeurs moyennes n'est pas un problème d'homme mais bel et bien un problème de modèle. « Il serait peut être souhaitable que les sociétés de Bourse construisent un suivi à plusieurs étages. Mutualiser le premier niveau de connaissance d'un dossier en faisant appel à des intervenants spécialisés et conserver les 20% qui représentent leur véritable valeur ajoutée », évoque Patrick Bensabat. Une approche qui pourrait apporter un premier élément de réponse au problème du financement de la recherche sur les Small & Midcaps.

 

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