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Les valeurs moyennes face aux fluctuations monétaires

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Les valeurs du CAC 40 sont indistinctement confrontées à une volatilité exacerbée sur les marchés des changes depuis la mi-2003, en particulier sur la parité euro/dollar.

Pas une réunion investisseurs organisée par les ténors de la cote ne se déroule sans aborder la question. Qu'en est-il des valeurs moyennes ? Quelles solutions mettent-elles en œuvre pour amortir cette instabilité ? Quelle aide leur apporte leurs banques ? La faiblesse du dollar constitue-t-elle un obstacle à la bonne marche de leurs affaires ? Comment présentent-elles le problème à la communauté financière ? Pour en débattre, André Saint-Mleux, directeur général adjoint de Prosodie, groupe de services de télécommunications, Serge Bitboul, PDG-fondateur de Geci International, groupe d'ingénierie dans le domaine des transports et Maurice Bourlier, PDG d'Arès, groupe de services informatiques intervenant dans la distribution d'infrastructures, l'édition de logiciels, et l'infogérance.
Spécificité des small et mid caps.

Par essence moins internationalisées que les grosses capitalisations, les valeurs moyennes sont également moins exposées, à de rares exceptions près, aux fluctuations monétaires. Elles sont touchées de manière très spécifique par la volatilité des taux de change. Chaque société met en œuvre une parade propre à son métier et à son périmètre d'activité. Principalement implanté en France, Arès réalise l'intégralité de ses facturations en euro y compris à l'exportation. Ainsi, le problème se limite à une frange marginale de ses achats de matériels. Les montants en jeu sont circonscrits à 60 millions d'euros par an (dont près de la moitié auprès de l'équipementier américain Cisco), représentant moins de 10% de son chiffre d'affaires annuel. « Nous recourons systématiquement à des couvertures et des assurances de changes auprès d'un tiers dès la signature d'un contrat. Cette solution nous permet de couvrir tout risque puisqu'elle n'occasionne ni perte, ni gain de change », expose Maurice Bourlier. L'impact pour Prosodie est d'une toute autre nature. Basé aux Etats-Unis (15% de son chiffre d'affaires annuel) depuis 2001 via sa filiale Prosodie Interactive, le groupe n'est pas affecté par les variations brutales des monnaies dans ses opérations courantes « puisque nos revenus et de nos charges outre-Atlantique sont tous les deux pris en compte en dollars américains », démontre André Saint-Mleux. La problématique est donc essentiellement d'ordre bilantiel, lors de l'arrêté des comptes. « Une dette subsiste au passif de notre bilan alors que nous disposons d'une trésorerie nette dont le montant excède celui de cet endettement. Une situation que ne comprennent pas toujours analystes et banquiers. En fait, nous conservons une dette libellée en dollar américain pour couvrir le risque de change », explique le DG adjoint de Prosodie. Concernant le compte-courant accordé à Prosodie Interactive, l'impact est là aussi secondaire puisque cette créance s'annule lors de la consolidation des comptes.
Profiter de la faiblesse du dollar.

Pour Geci International, la monnaie revêt un caractère beaucoup plus stratégique, puisque sa compétitivité entre en ligne de compte.

Face à la pression sur les prix exercée par ses clients, le groupe d'ingénierie a cherché à abaisser ses prix de revient en leur proposant des packages de prestations facturés en monnaie forte et dont la mise en œuvre est partiellement transférée dans des bureaux de Geci situés dans des pays à monnaies faibles (Roumanie, Chine, Indonésie). « Nous essayons de bénéficier des effets de change en adaptant la monnaie de facturation et de paiement de nos ingénieurs en fonction de l'évolution des parités de change », précise Serge Bitboul. Les sociétés font également preuve d'opportunisme en profitant de la faiblesse du billet vert pour contracter des emprunts libellés en dollars. Tel est le cas d'Arès. « Avec un euro à 1,26 dollar, nous avons emprunté 2 millions de dollars à un taux inférieur à 2%, ce qui nous permet de réduire le coût de notre dette », remarque Maurice Bourlier. De son côté, Prosodie a renouvelé un emprunt en le portant de 4 à 5 millions d'euros afin de tirer parti des conditions actuelles. Revers de la médaille, la situation peut transitoirement se retourner contre les entreprises. Arès a fait l'amère expérience de l'euro fort. « Un de nos grands donneurs d'ordres a eu recours à son propre service achats pour s'approvisionner en matériels en zone dollar, au lieu de faire appel à un prestataire comme nous », relate Maurice Bourlier.
Un problème peu abordé avec les analystes.

Si, manifestement, les problématiques divergent en fonction du métier de chacun, les sociétés moyennes se rejoignent dans la façon de les aborder. « Notre conseil d'administration nous demande de ne pas perdre d'argent sur les écarts de change. Nous nous contentons ensuite de tout mettre en œuvre pour respecter cet objectif », déclarent en chœur Maurice Bourlier et André Saint-Mleux. Charge ensuite à la direction financière et au contrôle de gestion de traiter la question et trouver une réponse adaptée. Dans ce cadre, les trois dirigeants s'accordent pour constater qu'ils sont bien souvent livrés à eux-mêmes pour gérer les problématiques de variations monétaires, puisque le rôle de leurs banquiers est réduit à sa plus simple expression : la proposition de produits. « Ils n'interviennent pas en tant que conseil. En dehors des opérations financières telles que les fusions-acquisitions ou les augmentations de capital où les commissions sont conséquentes, les établissements financiers ne gagnent pas d'argent avec des sociétés de notre taille », résume Maurice Bourlier. Autre point commun, la question des impacts monétaires n'est pas, loin s'en faut, un élément clé de la communication financière des small et mid caps. « La question n'est pour ainsi dire pas abordée, ni lors de nos réunions investisseurs, ni lors de nos présentations de comptes semestriels et annuels », relève Serge Bitboul. Une expérience partagée par Maurice Bourlier qui n'a jamais été interrogé sur le sujet par les deux ou trois analystes qui assurent la couverture du titre Arès. Peut-être justement parce ces sociétés ne sont que marginalement suivies par les sociétés de Bourse. Geci International en est l'illustration la plus frappante, n'étant couvert que par l'analyste d'Arkeon Finance, son teneur de marché. Pour sa part Prosodie est aujourd'hui suivi par 7 analystes. Mais le problème monétaire du groupe se limite à la simple conversion en euros des comptes de la filiale américaine. « Dans chaque communiqué relatif à notre chiffre d'affaires, nous fournissons des données à périmètre et taux de change constants. Nous publions également le chiffre d'affaires de notre filiale américaine en dollars afin de montrer sa croissance réelle », explique André Saint-Mleux. En 2003, l'affaissement du billet vert a amputé la croissance de Prosodie de 2 points.

 

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